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Je me promenais il y a quelques semaines avec Patrick sur les beaux quais de Strasbourg. Il me faisait part de ses doutes sur son travail de photographe, pensant qu'il était peut-être un imposteur. Tout artiste n’est-il pas un imposteur ? Je dirais plutôt qu'il est un magicien. L'artiste interprète la réalité qu'il exprime au travers de son œil, boule magique, dans laquelle l'alchimie se produit. La poésie de l'œil et des images ne se soucie pas des moyens mis à sa disposition pour refléter le monde.


A l'âge de 13 ans Patrick avait déjà pénétré l’univers du cinéma de Kubrick, Bergman. Son jeune œil déjà mûr commença à isoler des moments de temps et d’espace. Il apprit le travail du photographe à l’école. Travail précieux sans doute mais Patrick n’était pas fait pour les écoles, ni les studios où tout est mis à la disposition du photographe. Patrick est le pickpocket de la photo. Au festival de Cannes par exemple, il a volé des dizaines de visages d’acteurs, d’actrices et de cinéastes. Visages aimés, admirés de cet univers qui le fascinait et dont il restait dans l’ombre. Portraits aussi de gens de la rue. Photos de mode, dans des lieux publics, photos de danse, de paysages urbains. Photos d’arbres de nuages, de feux de signalisation, de tout et de rien, de tout ce que l’on rencontre dans une vie lorsqu’on a les yeux ouverts.


La vie s’est abattue sur lui comme un aigle sur sa proie. Le noir a failli l’engloutir, mais au fond de son œil et de son cœur de photographe, luisait le filet de lumière qui transforme la souffrance en or. Ce rayon de lumière l’a projeté sur le grand écran de la vie. Car ne l'oublions pas, dans le monde digital dans lequel nous vivons, sans lumière il n'y a pas de photographie, ni de cinéma. Sans lumière il n'y a pas de magie. Patrick se faufile dans ce jeu d'ombres et de lumières en saisit les instants, les formes, les émotions et les vibrations.


Son âme et son œil sont exigeants sans être élitistes. Comme pour Henri Langlois, l'existence d'un film peut être justifiée pour peu qu'il contienne quelques minutes de quelque chose de nouveau, d'émotions ou de magie. Il n'a pas peur du revers de l'image et d'aller dans les recoins de la conscience. Ses photos reflètent une soif d'être émerveillé et ému.


Les racines les plus fortes de Patrick sont peut être musicales. Si l’image lui donne des ailes, la musique le relie à la terre.


Tout l’intéresse et les difficultés de son parcours l’ont invité à ne pas se figer dans un genre ou dans un autre. Il est libre. Il bouge d'une époque à une autre en accueillant la technologie à cœur ouvert parce qu'elle est démocratique. La technologie lui a aussi permit de libérer les photos qui sont si longtemps restées prisonnières de la pellicule qui les a vu naître, Patrick n’ayant pas les moyens financiers de les développer. Où qu’il soit et quoiqu’il nous révèle de lui, il reste pudique et privé.


Emprunter son œil pour regarder ses photos demande à avoir un cœur généreux et amoureux. Car c'est de ça qu'il s'agit. D'amour. Au travers de ses photos Patrick touche, caresse, mord. Il aime. Même quand son regard est dur. Et il nous touche dans son amour.


J'ai eu le privilège d'être photographiée et filmée par Patrick. Etre vue par cet œil qui saisit l’être, l'espace et la lumière est une expérience magnifique. Sans script simplement dans la nudité du moment. Spontanéité absolue. L'équilibre est entre les deux ailes, entre les deux yeux. C'est cela le cadeau que Patrick nous donne. Le plein vol dans le silence. Le regard suspendu dans l'éternité de chaque moment.

 

 

A few weeks ago, I was walking with Patrick on the beautiful banks of L’Isles, the river that runs through Strasbourg. He was born there. I grew up there. He shared with me his doubts about his work as a photographer, thinking he might be an imposter. Is not every artist an imposter?
I would say he is a magician. The artist interprets the reality that he sees through his eye, the magic ball in which the alchemy occurs. The poetry of the eye and the images do not care about the means at its disposal to reflect the world.

By the age of 13, Patrick had entered the cinema world of Kubrick and Bergman. His young, already mature eye began to isolate moments of time and space. He learned the photographer's trade at school. Valuable work, probably, but Patrick, the Pickpocket of Photography, was not made for schools or studios where everything would be available to the photographer. At the Cannes Film Festival he stole the faces of dozens of actors, actresses and directors, faces he loved and admired in a universe that fascinated him, as he remained in the shadows. Street people, fashion pictures, often shot in public places, dance, cityscapes, clouds, trees, traffic lights, everything and nothing, are food for his voracious eye.

Life befell him as an eagle falls upon its prey. Darkness almost swallowed him, but deep in his photographer’s eye and soul, shone the stream of light that transforms suffering into gold. This ray of light projected him onto the big screen of Life. Let us not forget that, in the digital world where we live, without light there is neither photography nor cinema. Without light there is no magic. Patrick brings moments, shapes, emotions and vibrations to life as he moves between the shadow and the light.

His soul and eye are demanding without being elitist. According to Henri Langlois, the existence of a film can be justified as long as it contains a few minutes of something new or beautiful. Patrick is not afraid of the negative side of the picture. He dives into the recesses of consciousness, and his photographs reflect a deep desire to be amazed and moved. Patrick’s strongest roots may be musical. If images give him wings, music grounds him in the earth.

Everything interests him. The difficulties he encountered through his journey have taught him to be fluid, not to get stuck in any single particular style. He is free. He welcomed technology with an open heart because it is democratic. Technology also allowed him to bring to life many pictures that had been kept prisoners of the film that had seen their birth because Patrick did not have the financial means to develop them. But wherever he is and whatever he reveals, he remains modest and private.

To borrow his eye to look at his pictures requires a generous and loving heart. Because that's what it is all about. Love. Through his pictures Patrick touches, caresses, bites. He loves. Even when his gaze is hard. And his love touches us. 

I’ve had the privilege of being photographed and filmed by Patrick. To be seen by his eyes is a beautiful experience. No script, just the naked moment in its absolute spontaneity. Balance resides between the two wings, between the eyes. This is the gift that Patrick gives us. The silence of a full flight. The gaze suspended in the eternity of every moment.


Laurence PORTER